Point de départ, 19 janvier 1627
Mon cher Janus,
Me voici rentré d'un long voyage. Très long sans doute, mais tu connais ce genre de choses aussi bien que moi.
J'ai reconnu ton pas à l'écartement douloureux des voies, j'ai su combien la route est ladre, et comme on peut n'en pas revenir.
Les gens d'ici sont torves, mon Janus, comme des clochers d'église. On fourmille et ça braille, sans jamais concéder les miettes qu'aux pauvres, qu'aux infâmes, qu'à ce qui crève mieux et plus aisément que le reste. Le reste intolérable, c'est nous. C'est toi et moi. Parce qu'au fond, nous sommes plus proches, plus vérifiables, qu'on ne peut pas nous manquer.
Je reviens de loin sur tes pas. Nous avons beaucoup trop marché, Janus. Pas comme des chevaliers errants, ni comme des pèlerins. Pas comme des loups nomades et sans collier que la faim creuse au ventre, ni tout à fait comme ces malades qu'on raccompagne à la porte des villes. Nous avons marché comme des enfants prodigues, de petits parjures bien joufflus, de mauvais bergers sans troupeaux, des voleurs de hareng. Et nous n'avons rien appris.
Me voici revenu sur mes pas. Ta barbe est peut-être un peu plus longue, mais tout porte à croire que c'est toi. Tu es à l'entrée de la ville, sur un médaillon, sur la porte.
